Philippe Contal, lors d'une conférence de présentation de son ouvrage «Passion Wbemaster» PASSION WEBMASTER
Donner du Sens aux Systèmes et Technologies de l'Information

Philippe Contal (éditions ISDO, 2001) - ISBN 2-9516435-0-0 - EAN 9782951643505

Disponible également en version imprimée 
 
     

     
 
 Passion Webmaster 
 Avant-propos 
 1- Introduction 
 2- Internet pour faciliter les échanges de données informatisées 
 3- A la découverte du web… 
 4- www.alpha-c.com 
 5- Veille stratégique et industrie mécanique 
 6- Conférences 
 7- Voyage en Terre d'Oc, le catharisme : www.cathares.org 
 8- Deux champs d'expérience… 
 9- @pex, l'intranet du groupe Alpha-C 
 10- Le Projet Beaucéant : www.templiers.org 
 11- Internet, intranet et communication 
 12- Création d'@drénalyne communication 
 13- Création d'Histophile : www.histophile.com 
 14- Création du groupe I.S.D.O. : www.isdo.net 
 15- Le groupe I.S.D.O., IT-Lab 
 16- Intelligence économique et veille stratégique 
 17- Conclusion 
 Glossaire 
 
     
5- Veille stratégique et industrie mécanique

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Les occurrences apparaissent en vert surligné.
"L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant.
Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser :
une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer.
Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue,
parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui ; l'univers n'en sait rien."
Blaise Pascal, 1623-1662



Présents sur l'Internet, nous l'étions depuis mai 1996. Mais nous avions aussi découvert que bon nombre de clients, fournisseurs, concurrents, syndicats professionnels... y étaient aussi, de manière plus ou moins confirmée. Les ressources étaient néanmoins principalement en provenance des Etats-Unis.

Le premier intérêt à scruter le web était né peu de temps après notre première connexion, au début de l'année 1996. Cherchant les concurrents outilleurs présents sur le marché californien, je souhaitais connaître leur représentativité.

"Il n'y en a pas, s'exclamait-on lors des réunion de production de la filiale d'usinage.
- J'ai peine à le croire, me répondait Sehaliah. Il n'y aurait aucun outilleur en Californie ? Pourtant cet état est aussi grand que la France. Certes il y a des déserts, mais tout de même ..."

Ainsi je découvris le N.T.M.A. (National Tool Maker Association, www.ntma.org). Association professionnelle des outilleurs américains, cette association me donnait la possibilité de connaître ses adhérents dans les différentes régions des Etats-Unis. Et je découvris, en quelques heures à peine - y compris l'existence et la localisation de cette ressource - , qu'il existait plus de 150 outilleurs adhérents à cette association dans la seule région de San Diego / San Francisco !

Ce faisant, j'avais fait deux choses. Volontairement, j'avais démystifié notre unicité pour répondre au besoin de notre client français, Taylor Made, filiale de Salomon, basé près de San Diego. Involontairement, j'avais mis en place un processus qui s'appelait - je l'apprendrais plus tard - de l'intelligence économique.

Je n'avais fait qu'utiliser les rudiments que je commençais à comprendre de l'Internet : un moteur de recherche, des mots-clés ... et ce, avec beaucoup de patience.

Fort de cette expérience, j'entrepris alors de rechercher tout ce qui pouvait toucher nos clients, nos fournisseurs, nos concurrents et les marchés sur lesquels nous étions. Plus de 300 sites avaient été répertoriés à la fin de l'année 1996.

En pratique, nous utilisions les moteurs de recherche. Peu nombreux à l'époque (il sont plus de 5 000 aujourd'hui, dont une vingtaine seulement sont réellement représentatifs ; voir www.beaucoup.com), nous utilisions Yahoo! (www.yahoo.com) et HotBot (www.hotbot.com). Mais le plus important était - et reste encore aujourd'hui - la manipulation des mots-clés, des syntaxes à utiliser ... et du temps, ingrédient indispensable pour toute recherche sérieuse. Certes l'Internet à tendance à raccourcir les échelles de temps, mais pourquoi imaginer que toutes les réponses viendraient en quelques micro-secondes ? Les informations sont disponibles mais il n'est pas rare que notre acception d'un terme soit radicalement différente d'autres personnes.

Dans un club A.P.M., début 1998 ...

"Lorsque vous cherchez à l'aide d'un moteur de recherche, la première chose est de trouver les bons mots-clés. Ceux-ci se doivent de correspondre à la fois à votre question et aux termes utilisés sur les sites.
- Vous pouvez nous le montrer ?
- Prenez - tout à fait au hasard - une recherche pour le secteur de la sous-traitance mécanique, et plus spécialement pour le découpage. Si vous recherchez sur "découpage", ou même "decoupage", vous trouverez des informations concernant le découpage territorial, le découpage du papier... bref autant de réponses certes passionnantes mais fort éloignées de notre préoccupation. Si vous essayez maintenant avec une chaîne de mots "découpage de métaux laminés", vous trouverez ... le groupe Alpha-C.
- Il existe donc une syntaxe pour utiliser les moteurs de recherche ?
- Oui, tout à fait. Vous trouverez le détails dans les aides des moteurs eux-mêmes. Très schématiquement, vous avez la possibilité de spécifier des mots seuls, des chaînes exactes, alors placées entre guillemets "..." et d'utiliser des opérateurs booléens : ou, et, sans. En pratique, nous utilisons peu le séparateurs booléens, sauf pour spécifier des réductions aux recherches. Par exemple "découpage de métaux laminés" -alpha-c.com vous permettra de trouver les réponses correspondant à cette chaîne de mots en dehors du site d'Alpha-C. Cela ressemble à un Centre de Documentation et d'Information scolaire.
- J'ai l'impression que c'est encore un vrai métier ça ..., me rétorqua alors un des membres du club."

Et il avait raison. La compétence de recherche n'est pas à prendre à la légère. Malheureusement, de nombreuses entreprises laissent cette phase cruciale de l'utilisation de l'Internet à une secrétaire compétente mais inexpérimentée dans ce domaine. Il ne s'agit pas de critiquer le métier fort utile de secrétaire et d'assistant ou assistante, mais il s'agit plutôt de positionner clairement ce nouveau métier. La recherche sur l'Internet ne s'improvise pas ... surtout lorsque l'on souhaite trouver ! Les recherches utilisant les moteurs de recherche, la veille stratégique, ne sont pas à comparer avec l'utilisation d'annuaires électroniques.

Mais revenons-en à nos débuts ... en 1996.

Je finis temporairement dans une impasse : trouver des sites pertinents pour une activité constituait certes une mine d'informations mais il était impensable de les visiter régulièrement pour connaître les évolutions des données qui y étaient présentes. J'entrepris alors de demander à la toute nouvelle filiale, Alpha-C net, de créer un logiciel de surveillance de sites web. Je souhaitais alors être alerté des modifications survenues sur les sites web depuis ma dernière visite. Une forme de surveillance automatique.

"Je voudrais une application qui m'alerterait en cas de modification d'un site Internet.
- C'est difficile, me répondait-on. Il faudrait pouvoir stocker les informations sur un disque gigantesque et les comparer périodiquement.
- Mais ne peut-on pas procéder comme une signature de carte bancaire et ne stocker que des informations synthétiques sur ces pages ?
- Si bien sûr, mais c'est plusieurs mois de travail ...
- J'ai l'impression que tu as deux services informatiques, avec les lourdeurs que cela suppose.
- Oui, tu as raison. On va les laisser encore réfléchir.
"

Après plusieurs mois, je finis par perdre patience et je consacrai deux heures à chercher si l'Internet ne recelait pas une application de ce type. Et je trouvai alors mon bonheur !

"C'est magique, regarde URL-Minder. Il s'agit d'un robot qui envoie un courrier électronique lorsque le site est modifié. On peut le paramétrer afin de surveiller quotidiennement, de manière hebdomadaire...
- J'en ai rêvé ... URL-Minder l'a fait ! Et en plus, il est gratuit."


Appelé aussi NetMind, URL-Minder (www.netmind.com) n'était certes pas parfait, mais il fut notre premier outil de veille, de veille stratégique. A une adresse web pertinente (mise à jour, comme la page d'accueil, les communiqués de presse, la liste des mises à jour du site, la structure de l'entreprise, l'organigramme, les nouveaux produits et services...) correspondait un robot. NetMind nous envoie alors un courrier électronique lorsque cette page est modifiée. Nous disposions alors d'un moyen efficace de confronter les articles de presse avec ce que les entreprises communiquaient en direct et qui était le plus souvent la matière première utilisée par les journaux et revues.

Sans le savoir, nous avions mis au point une organisation de veille stratégique, d'intelligence économique. Un sorte de pieuvre électronique dont les tentacules planétaires me permettaient de collecter des informations concernant directement mon métier. Outre les clients et donneurs d'ordre internationaux, j'avais à ma disposition des données émanant du syndicat professionnel des découpeurs américains, le P.M.A. (Precision Metalforming Association, www.pma.org), du S.A.E. (Society of Automobile Engineers, www.sae.org)...

Je découvris aussi les techniques baptisées "push", qui vous envoie directement une sélection, un bouquet d'informations thématiques. Souvent généralistes, ces ressources n'en restent pas moins inestimables. Un ordinateurs était connecté en permanence au New York Times, au Los Angeles Times ainsi qu'à une dizaine d'éditions électroniques. Et tout cela au seul prix de voir des bandeaux publicitaires qui finissent par s'effacer de notre sélection visuelle ! Une des plus intéressante en la matière reste encore, après plusieurs années de fonctionnement, PointCast (www.pointcast.com, rebaptisé EntryPoint depuis quelques mois). Il s'agit d'une interface propriétaire, s'ajoutant aux applications installées sur l'ordinateur.

"Mais on ne peut pas frimer avec l'édition papier pliée sur le bureau ...
- C'est vrai Sehaliah, c'est peut-être une des raisons de la lente progression de ce type de diffusion !"


Aujourd'hui, de nombreuses éditions françaises en ligne n'ont rien à envier aux collègues anglo-saxons, sauf peut-être l'expérience du modèle économique. Le Monde (www.lemonde.fr), La Tribune (www.latribune.fr), L'Est Républicain (www.estrepublicain.fr), Midi Libre (www.midilibre.fr)... sont autant de ressources dont on peut disposer en grande partie gratuitement sur le web.

Je découvris même des informations de prospective. Alors même que l'INSEE ne publiait que des données historiques, ne datant au mieux que de quelques mois, j'avais entre les mains des prévisions sectorielles - mais étrangères - pour l'année à venir. Fort heureusement, l'univers francophone a fait des progrès depuis ...

En 1997, notre organisation de veille pris un nouveau développement par la mise en place d'une cellule de veille. Une personne fut chargée, à mi-temps, de collecter des informations électroniques et de les diffuser au travers de notre intranet. J'avais réussi à transférer mes compétences. Force est de constater qu'il s'agit d'un vrai métier, nécessitant une vigilance particulière sur les ressources dont l'Internet est riche. Le croisement d'informations, la recherche permanente de nouvelles sources, la veille technologique sur les nouveaux outils devinrent le quotidien d'un nouveau service.

Innovant dans l'univers de la sous-traitance mécanique, cette cellule de veille, pilotée par Christine, nous permit aussi de nous différencier de nos confrères.

Début 1997, en voyage d'affaires aux Etats-Unis.

Ayant emporté mon ordinateur portable, je cherchais, dans chaque hôtel où nous passions, Joseph - mon futur associé et successeur aux commandes du groupe - et moi à me connecter à la fois pour relever ma boîte aux lettres et lire les articles que la cellule de veille nous transmettait quotidiennement.

La veille de rendre visite à un client, S.K.F., nous avons eu le loisir de lire deux messages émanant de leur propre service presse. Le premier nous informait d'une joint-venture effectuée en Chine ... sans grand intérêt pour nous. Le second nous donnait les grandes lignes de leur nouveau plan qualité global. Comment ne pas utiliser ces points, un par un, pour présenter notre groupe sous l'éclairage des attentes stratégiques de notre client ?


machine à coulisseaux multiples Bihler (GRM80), utilisée pour la déformation à froid des métaux laminés (machine à coulisseuax multiples)
- machine à coulisseaux multiples Bihler (GRM80), utilisée pour la déformation à froid des métaux laminés -
(photographie : Philippe Contal, 1997)


Bien d'autres exemple parsèment le parcours d'Alpha-C depuis plusieurs années. Informations clients, prospectives sectorielles, veille technologique... de nombreuses applications concrètes virent le jour. Et nous n'en étions qu'au début !

Parmi les rares à avoir une réelle démarche structurée de veille stratégique, nous étions alors encore plus rares à être dans le champs de ceux qui osaient en parler.

Plus concrètement, notre intranet, baptisé @pex, propose une quarantaine de canaux d'informations. Selon les secteurs d'activité (automobile, électrotechnique, mécanique, plastique...), les "intranautes" - utilisateurs de l'intranet - peuvent donc s'abonner à autant de canaux qu'ils le désirent. Ils reçoivent alors des informations sectorielles et synthétiques sous forme de courriers électroniques. Simple et efficace, ce système permet de donner une réelle vie à ce type d'organisation de l'information.

Fin 1999, conférence sur le thème de la Gestion Electronique de Documents, à Besançon.

"Vous semblez avoir une bonne organisation de la veille mais qu'en est-il des recherches ultérieures ? Comment pouvez-vous assurer l'archivage ?
- Dis moi, tu ne serais pas tombé dans les mains de documentalistes ? Me dis Sehaliah, alarmé.
- Je crois que si. Mais ne t'inquiète pas Laisse-moi faire !

- Certes, notre système de veille est très réactif et c'est le principal point que nous souhaitions garantir. Pour ce qui est de l'archivage, je pense que la première question à se poser est : quel est la durée de vie des informations ? Des informations médiatiques, financières... offrent-elles un intérêt après plusieurs mois ? plusieurs années ? Le plus souvent non. Nous avons cependant un système d'archivage d'une rare simplicité. Le service de veille qui distribue les informations électroniques dispose - comme tous les utilisateurs de l'intranet - d'une boîte aux lettres électroniques. L'archivage est ainsi effectué dans la boîte des éléments envoyés.
- Certes, ce système peut fonctionner mais comment garantir un classement organisé ? Une recherche par mots-clés est-elle possible ?
- Nous avons défini des règles syntaxiques afin de classer les informations. Dans le champs Objet, nous plaçons des mots-clés. Les recherches par mots-clés sont aussi possibles en utilisant les fonctionnalités banales de notre système de courrier électronique. Sans vouloir faire de publicité à une entreprise qui n'en n'a pas besoin, nous utilisons Outlook et Outlook Express. Le pire, c'est que nous n'avons eu à effectuer des recherches historiques que cinq fois en l'espace de 4 années ... alors nous n'investissons pas dans un système informatique lourd et perturbant pour l'organisation. Nous avons investi dans le savoir-faire de notre système de veille et dans l'utilisation quotidienne de ces informations. Là est toute notre particularité. Là est toute notre force.
- Tu vas finir par m'impressionner, me rétorqua Sehaliah.
- Réellement ? Je ne le cherchais pourtant pas ! Je reste persuadé que l'intérêt et l'efficacité d'un système d'information ne sont pas proportionnels aux investissements matériels ou logiciels réalisés. Les informaticiens veulent souvent utiliser un marteau-piqueur pour enfoncer un clou. Ils y arrivent, mais tu peux imaginer le résultat sur le mur ! Sans parler que la manipulation de leur marteau-piqueur demande au moins trois personnes : une pour tenir l'appareil, une pour tenir le fil branché (ils n'arrivent pas à faire en sorte que la prise s'emboîte car elle n'est pas dans un format standard) et une qui appuie sur 10 touches simultanément (afin d'éviter qu'une seule personne ne puisse utiliser l'appareil sans leur assentiment).
- L'image est bonne. Je comprends pourquoi tu passes pour quelqu'un de dangereux aux yeux des informaticiens.
"

Voici ce que furent les premières bases de notre organisation de veille.


En quelques mots…

La veille stratégique, ou intelligence économique, consiste essentiellement à mettre en place des capteurs d'informations pouvant avoir un caractère stratégique. A l'aube de l'informatique, ces capteurs étaient limités aux revues de presse et aux rapports commerciaux.

L'Internet permet de démultiplier les ressources intéressantes. Les outils tels que les moteurs de recherche, les agents intelligents (robots de veille par exemple), permettent de structurer véritablement une veille ciblée. Ce nouveau métier requière des compétences importantes, notamment dans l'utilisation efficiente des outils de recherche et dans la structuration des informations. Il est important de consacrer quelques heures à lire ... les aides des moteurs de recherche afin d'assimiler les règles de syntaxe qui permettent de les utiliser efficacement.

Le groupe Alpha-C a été parmi les pionniers à mettre en place et à utiliser un service de veille stratégique interne. Simple mais efficace, ce service a permis de collecter de nombreuses informations sur les clients, fournisseurs, clients, marchés... du groupe. Ce savoir-faire a été transféré au sein du groupe I.S.D.O., lors de sa formation en décembre 1999. Nous avons pu alors mesurer la possibilité d'adapter ce type de collecte de l'information à d'autres métiers que la mécanique.

Le résultat d'une démarche de veille n'est pas proportionnel aux investissements matériels ou immatériels mais plutôt à l'ingéniosité des personnes y travaillant. De nombreux outils gratuits permettent de faire un travail remarquable.

Les informaticiens sont souvent dangereux vis à vis d'une démarche Internet, intranet, de veille stratégique... En effet, ils ont une fâcheuse tendance à confondre l'efficacité d'un système d'information au plaisir technique de mettre en oeuvre une solution intellectuellement satisfaisante.

La conception d'une voiture n'est pas laissée aux seuls mécaniciens. De la même manière, un système d'information ne doit pas être confiée exclusivement aux informaticiens.


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